Les variations hormonales
La grossesse et le post-partum représentent un ballet hormonal inédit pendant la vie d’une femme, millimétré et tellement bien orchestré. C’est le moment où les taux hormonaux seront les plus élevés, puis chuteront le plus brutalement quelques jours après l’accouchement.
Dès la fécondation, une nouvelle hormone entre en jeu : la Beta HCG. C’est elle que l’on dose dans les tests de grossesse, elle est produite par les cellules du placenta et augmente très rapidement pour atteindre un pic autour de 8 à 10 semaines puis se stabiliser jusqu’à l’accouchement. Elle est produite par l’embryon lui-même afin d’assurer sa survie ! Magie de la nature humaine !
Dès l’ovulation, la progestérone s’installe dans le corps de la femme et perdurera jusqu’à la fin de la grossesse grâce au placenta là où, dans un cycle menstruel sans fécondation, elle rechute avant l’arrivée des règles. C’est une hormone qui permet le maintien de la grossesse, évite les contractions et a aussi un effet de ralentissement et relâchement sur différentes fonctions du corps pouvant ainsi causer de la fatigue, de la constipation, des remontées acides, un relâchement ligamentaire.
En parallèle, les œstrogènes qui sont présents tout au long du cycle menstruel à des taux variables, vont en cas de grossesse grimper continuellement à leurs niveaux les plus hauts pour ne chuter que 3 jours environ après l’accouchement. Cette chute hormonale occasionne chez de nombreuses femmes cet état de tristesse inexpliquée appelée le "baby blues". Les œstrogènes servent quant à eux à la croissance de l’utérus, l’augmentation du flux sanguin, le développement des seins en vue de l’allaitement, mais peuvent aussi causer une sensibilité mammaire, de la rétention d’eau et le fameux masque de grossesse.
Enfin, sur la fin de la grossesse, deux autres hormones vont jouer un rôle clef : l’ocytocine, aussi appelée l’hormone de l’amour qui est essentielle au déclenchement de l’accouchement ainsi qu’à la création du lien d’attachement entre le bébé et ses parents (car oui le père aussi voit ses taux d’ocytocine augmenter et même ses taux de testostérone diminuer légèrement au contact de son enfant). Puis la prolactine qui est l’hormone permettant la lactation et qui a également pour effet de bloquer, pendant un certain temps dépendant des femmes, la possibilité d’ovuler à nouveau.
Les changements physiques
Pendant 9 mois, le corps va petit à petit évoluer, se modeler à la vie qui grandit en lui, puis en quelques jours ou semaines seulement, retrouver certains fonctionnements d’avant là où d’autres prendront bien plus de temps. Le corps est incroyable d’adaptabilité.
Les premiers signes physiques de la grossesse
Les premières modifications du corps qui sont bien souvent les signaux précoces annonciateurs d’une grossesse sont la fatigue, une sensibilité accrue dans la poitrine accompagnée d’une augmentation de volume et d’aréoles plus foncées, des tiraillements dans le bassin et parfois une sensation d’être nauséeuse.
Pendant les 3 premiers mois de grossesse, la mère et l’embryon fabriquent conjointement un nouvel organe : le placenta qui servira à produire la fameuse hormone Beta HCG, assurer les échanges d’oxygène et de nutriments, mais aussi filtrer certains déchets (attention, certains passent néanmoins la barrière placentaire).
L'évolution du ventre et l'adaptation du corps
Ensuite évidemment, couplé aux variations hormonales évoquées précédemment, le ventre va petit à petit s’arrondir et l’utérus s’agrandir pour passer de la taille d’une poire avant grossesse, à la taille d’une pastèque en fin de grossesse. Les organes de l’abdomen vont donc tous devoir se réadapter et se réorganiser au fil de la croissance du bébé et le centre de gravité va lui aussi légèrement changer, faisant basculer le bassin vers l’avant et pouvant causer différentes douleurs dans le dos. C’est tout l’équilibre du corps de la femme enceinte qui évolue.
Le système digestif peut lui aussi être bouleversé, d’abord par les épisodes de nausées, voire vomissements, puis par d’éventuels troubles de constipation, de brûlures d’estomac, d’hémorroïdes. Cela est parfois couplé à un changement de régime alimentaire dirigé par de nouvelles pulsions et envies inédites.
Le cœur quant à lui va fonctionner de manière accélérée, car il va devoir pomper non seulement le réseau sanguin de la mère, mais aussi celui du bébé, le volume sanguin augmente d’environ 40 à 50% pendant la grossesse. Cela explique notamment l’essoufflement que certaines femmes peuvent vivre ainsi que les éventuelles jambes lourdes ou varices. D’autres organes comme la thyroïde vont également voir leur activité décuplée pour maintenir le corps qui crée la vie.
Les changements de la peau
La peau aussi va être modifiée, en particulier dans la zone du ventre, des cuisses et des fesses sur lesquelles le volume va augmenter et donc la peau s’étirer. La peau du visage va également être modifiée sous l’effet des hormones, on peut vivre le fameux « Mama glow » et voir sa peau rayonnante mais aussi se trouver face à des problématiques d’acné spécifiques à cette période de grossesse. Quoi qu’il en soit, les taux élevés d’œstrogènes exposent la peau à des risques de tâches en contact avec le soleil, le fameux melasma ou masque de grossesse.
Les variations émotionnelles
Enfin, certaines modifications plus subtiles font aussi partie du lot comme une intuition exacerbée, des rêves ou cauchemars particuliers, un comportement un peu plus tête en l’air que d’habitude. On attribue cela aux modifications du cerveau pendant la grossesse que de récentes études ont permis de démontrer. En effet, pendant la grossesse, la matière grise et l’épaisseur de la couche externe du cortex cérébral d’une femme diminue et en parallèle la structuration de la matière blanche et la connectivité cérébrale augmentent. Cela permettrait notamment un meilleur traitement des émotions et des fonctions cognitives plus intuitives.
Les émotions seront plus à fleur de peau sous l’effet des hormones, la femme apprivoise une nouvelle expérience de vie, une nouvelle facette de sa personnalité, cela peut occasionner des réflexions sur sa propre naissance et enfance, des projections et conversations au sein du couple, des réactions peu habituelles et une plus grande sensibilité. Tout cela est tout à fait normal.
Maux fréquents et solutions naturelles
À chaque stade de la grossesse ses découvertes, ses joies et parfois aussi ses désagréments. Chaque grossesse est différente et les femmes ne souffrent pas toutes des mêmes maux, l’idéal est donc d’individualiser la prise en charge de chacune en vous référant à votre professionnel de santé : sage-femme, gynécologue ou médecin généraliste.
La fatigue du premier trimestre
Parmi les maux les plus fréquents, on retrouve la fatigue intense du 1er trimestre qui est due principalement aux changements hormonaux auxquels le corps fait face. On estime que la grossesse demande, chaque jour pendant 9 mois, la même énergie nécessaire à courir un marathon(1). On comprend donc que le corps soit fatigué et on l’accompagne au mieux. Pour cela, pas de solution miracle si ce n’est adopter les micro-siestes, une vingtaine de minutes pour fermer les yeux et si possible s’allonger afin de recharger les batteries. Pensez également à vous coucher plus tôt et à adapter votre agenda autant que possible. De même, une alimentation équilibrée, composée d’un petit déjeuner protéiné et stabilisant autant que possible la glycémie permettra de maintenir une énergie stable tout au long de la journée.
Les nausées et les troubles digestifs
Le début de la grossesse peut aussi rimer pour de nombreuses femmes avec des nausées, des brûlures d’estomac, des difficultés à s’alimenter. Quelques conseils simples peuvent vous sauver la mise : fractionner vos repas afin de manger régulièrement et en petite quantité, vous alimenter avant même d’avoir posé le pied au sol le matin (la parfaite occasion de se faire servir le petit-déjeuner au lit), boire des tisanes ou jus de gingembre ou encore de l’eau gazeuse infusée avec quelques feuilles de menthe fraîche. Si ces inconforts perdurent après le 1er trimestre, pensez à en parler avec votre professionnel de santé pour vous assurer qu’il n’y a pas de complications et trouver des solutions afin de vous soulager.
Certaines femmes peuvent également subir des difficultés de transit, et notamment de la constipation induite par la progestérone qui a tendance à ralentir les processus physiologiques ou des hémorroïdes dues à la congestion dans la zone du petit bassin. Il est important de ne pas laisser traîner ces troubles et de se faire aider pour éviter les complications. La première chose à faire est de bien s’hydrater, puis de s’assurer de consommer suffisamment de fibres et de bouger pour activer le péristaltisme intestinal. Les petites poches de glace périnéales appelées aussi bains dérivatifs peuvent également être très utiles dans ces situations. Si cela ne suffit pas, prenez conseil auprès de votre professionnel de santé pour trouver le protocole adapté sans causer de trop gros impact sur les intestins qui se trouvent tout proche de l’utérus.
Les défis du premier trimestre
Le 1er trimestre est bien souvent un moment déroutant, il demande de jongler au quotidien entre cette fatigue, ces éventuelles nausées, les émotions et réflexions qui fusent dans la tête tout en gardant pour la majorité des couples le secret de cette grossesse jusqu’à la fameuse échographie du 1er trimestre. Néanmoins, dans certains cas, il peut être très libérateur d’en parler à quelques personnes proches pour s’autoriser, avec eux au moins, à adapter nos horaires et extérioriser nos émotions. Parlez-en en couple afin de faire le choix qui vous convient le mieux à vous.
A différents stades de la grossesse, les femmes peuvent souffrir de douleurs ligamentaires, sciatique, pubalgie ou autres maux très douloureux et handicapants. Pour cela, un suivi par un kinésithérapeute et/ou ostéopathe sera le bienvenu, couplé avec des étirements doux, de la marche et une petite bouillotte si besoin pour soulager la zone.
Enfin, à l’approche du dernier trimestre de grossesse, on peut rencontrer des difficultés veineuses et problématiques de jambes lourdes liées à la place que prend le bébé et au cocktail hormonal. Les meilleurs conseils sont alors de rester autant que possible en mouvement doux pour stimuler la circulation veineuse et lymphatique. Vous pouvez marcher, nager, porter des bas de contention, mais aussi vous brosser la peau à l’aide d’une petite brosse à sec et enfin boire certaines plantes circulatoires en tisane comme le marronnier d’inde ou l’hamamélis.
























