Je fais du sport et mange équilibré : pourquoi j’ai quand même de la cellulite ?

Nous sommes nombreuses à souffrir d’idées reçues qui réduisent la cellulite à la conséquence d’un mode de vie inadapté. Dans ces discours un brin surannés, le sport et les ajustements alimentaires apparaissent comme solutions "miracle" pour venir à bout des capitons. Toutefois, la réalité scientifique est beaucoup plus nuancée. Vous faites du sport, vous mangez équilibré, mais votre cellulite est toujours là ? Vos efforts sont tout à votre honneur, mais il est inutile de culpabiliser : ce n'est pas que vous ne faites pas "assez", c'est que vous ne pouvez pas tout contrôler. Il est nécessaire de rappeler que l’aspect peau d’orange découle de nombreux facteurs dont le sport et l’alimentation n’englobent pas toutes les facettes. Dans cet article fondé sur la littérature scientifique, nous vous expliquons justement pourquoi votre mode de vie ne peut pas tout résoudre à lui seul.


Temps de lecture : +4 min.

En bref :

  • Se contenter d'avoir une alimentation équilibrée ne suffit pas à faire disparaître complètement la cellulite.

  • Faire du sport régulièrement ne suffit pas non plus à faire disparaître complètement la cellulite.

  • Multi-factorielle, structurelle et physiologique, la cellulite nécessite une approche globale. 

Pourquoi avoir un mode de vie sain ne suffit pas toujours contre la cellulite ?

Vos hormones jouent un rôle déterminant sur votre cellulite

Les œstrogènes sont à l’origine d’une cascade de phénomènes biologiques simultanés qui conditionnent l’apparition et l’installation de la cellulite chez la femme.

Les chercheurs s’accordent sur l’étroitesse du lien qui lie œstrogènes et cellulite. C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi la cellulite touche davantage les femmes, puisqu’il s’agit d’hormones sexuelles féminines. Elles favorisent notamment la répartition gynoïde des graisses (cuisses, hanches, fesses), la rétention d’eau et l’architecture du tissu conjonctif (avec des septa fibreux orientés de façon quasi verticale, d’où un aspect capitonné plus visible, contrairement aux hommes) (1).

Ainsi, les périodes de fortes variations oestrogéniques (puberté, grossesse, contraception hormonale) s’accompagnent souvent d’une aggravation de l’aspect peau d’orange. Même à l’échelle d’un cycle menstruel, il est possible que vous observiez une différence notable sur les irrégularités de la surface de votre peau.

Le saviez-vous ? Une étude de 2018 suggère également que certains perturbateurs endocriniens aux effets œstrogéno-mimétiques pourraient perturber le stockage des graisses et la rétention hydrique en "déréglant" le système hormonal (2). Bien que plausible au vu des récents discours scientifiques autour des perturbateurs endocriniens, cette théorie demeure encore hypothétique.

Il existe des particularités anatomiques favorisantes

Au-delà du seul mode de vie, l’hérédité prédispose certaines femmes à avoir une cellulite plus visible.

Même au sein de la gent féminine, nous ne sommes pas toutes égales face à la cellulite. La génétique pèse plus lourd qu’une alimentation équilibrée et qu’une routine sportive. Alors non, il n’y a pas un gène propre à la cellulite ; mais il existe bel et bien une combinaison de plusieurs variants génétiques qui constitue un véritable terreau dont se nourrit la cellulite pour prospérer. Vos gènes déterminent par exemple l’architecture de vos tissus. Et hériter d’un tissu conjonctif fragile constitue malheureusement une prédisposition à afficher des capitons. Il peut s’agir de septa fibreux trop rigides, qui occasionnent par conséquent une "saillie" des graisses d’autant plus voyante. Vos gènes peuvent aussi être la cause d’un manque de tonicité veineuse et d’une tendance à la rétention hydrique. Autant de critères qui jouent un rôle clé dans le développement des capitons (3).

Le saviez-vous ? La génétique peut aussi déterminer la sensibilité de vos tissus aux variations d’œstrogènes (4) et, en outre, le métabolisme des graisses.

Une peau qui vieillit marque plus facilement les capitons

Le vieillissement cutané et la survenue de la ménopause entraînent des changements profonds qui accentuent l’apparence de la cellulite, notamment la baisse de collagène.

Le vieillissement cutané a, lui aussi, un impact considérable sur l’aspect peau d’orange. Malgré tous vos efforts pour maintenir un mode de vie sain, la cellulite peut ainsi sembler s’aggraver juste parce que votre peau vieillit. Avec le temps, elle perd une partie de ses propriétés biomécaniques. La synthèse de collagène diminue en qualité et en quantité. Résultat : la peau est moins élastique, mais aussi plus fine. Les poussées des cellules graisseuses contre la surface de la peau sont donc beaucoup plus marquées chez les peaux vieillissantes. Même sans prendre de poids, vous pouvez ainsi présenter davantage de ces petites déformations typiques de la cellulite.

Le saviez-vous ? La cellulite qui apparaît à la ménopause possède plusieurs particularités. Elle résulte à la fois d’une perte de collagène, d’un relâchement cutané, d’une rigidification des septa fibreux, d’une diminution de la masse musculaire et d’une modification de la répartition des graisses (5). La plupart de ces changements découlent directement de la baisse d’œstrogènes en circulation.

Quelles sont les idées reçues qui peuvent freiner vos résultats ?

Sport : cardio vs. musculation, faut-il vraiment choisir ?

Non, et il semble plus intéressant de combiner les deux. Le cardio permet de réduire la protrusion des lobules graisseux, tandis que le renforcement musculaire contribue à lisser les irrégularités à la surface de la peau.

Dans l’imaginaire collectif, faire du sport constitue l’un des meilleurs moyens de perdre de la graisse. C’est vrai, à ceci près que l’état de l’art ne considère pas la cellulite comme un "banal" excès de graisse. Il s’agit plutôt d’un phénomène à la fois structurel et hormonal (5). C’est pourquoi perdre du gras peut vous aider à estomper (modérément) votre aspect peau d’orange, mais sans le faire disparaître complètement. Les routines de haute intensité sont intéressantes pour "brûler" la graisse et stimuler la circulation sanguine. En revanche, elles n’ont aucun impact sur l’architecture de votre tissu conjonctif – qui joue pourtant un rôle essentiel dans la profondeur du capitonnage.

Pire : les entraînements cardio trop exigeants qui se focalisent sur la perte de masse seule favorisent la perte de tonus musculaire, ce qui, paradoxalement, peut "creuser" vos capitons et rendre votre cellulite encore plus voyante. En réalité, les chercheurs recommandent d’associer le cardio à du renforcement musculaire. Adopter cette combinaison de façon régulière sur plusieurs mois pourrait être la clé pour obtenir des améliorations plus probantes sur l’aspect peau d’orange de la cellulite.

Alimentation : la réduction du sel et des aliments ultra-transformés suffit-elle ?

Non, les régimes arbitrairement restrictifs ne peuvent pas faire disparaître la cellulite et risquent parfois de provoquer d’autres déséquilibres.

La croyance erronée selon laquelle la cellulite serait uniquement liée à un excès de graisse nourrit le mythe des régimes faibles en glucides, cétogènes, détox, sans gluten ou encore zéro sucre. Dans les faits, les régimes trop restrictifs ne constituent pas une alimentation équilibrée. Ils peuvent même entretenir indirectement la cellulite en accélérant la perte musculaire et en favorisant l’effet yo-yo. Toutes ces exclusions relativement arbitraires induisent également un risque de carences.

Par ailleurs, il existe peu de preuves scientifiques qui justifient d’adopter un régime anti-cellulite. Le sel, par exemple, est parfois banni sous prétexte qu’il favorise la rétention d’eau. L’éventuel gonflement qui s’ensuit reste toutefois temporaire, sans incidence sur la mécanique structurelle de la cellulite (peau d’orange). Les aliments ultra-transformés, quant à eux, sont soupçonnés de rigidifier les septa fibreux via la génération d’AGE (des produits de glycation). Les chercheurs mettent également en évidence un lien entre alimentation ultra-transformée et un dysfonctionnement du tissu adipeux (6). Néanmoins, il ne s’agit pas d’une cause directe de la cellulite ; plutôt d’un facteur aggravant. Réduire votre consommation est bénéfique, mais se borne à "limiter la casse".

Et si on changeait enfin de prisme sur la cellulite ?

En deux mots : adoucir l’aspect de la cellulite est loin de se résumer à traquer le moindre excès de graisse.

Dans la mesure où la science la décrit comme un phénomène multifactoriel (génétique, hormones, vieillissement, tissus, circulation), le plus cohérent serait de tendre vers une composition corporelle harmonisée. Plutôt que de s’acharner à "brûler" des calories, il serait ainsi beaucoup plus porteur d’améliorer la qualité de ses tissus de soutien (notamment via la musculation) (7) et de stabiliser son poids (sans tomber dans le cardio débridé ni dans l’obsession de la silhouette sculpturale) (8).

Il semble également intéressant de prendre soin de la qualité du tissu conjonctif et de son capital de collagène. Cette précaution repose notamment sur une bonne hygiène de vie (activité physique régulière, sommeil réparateur, arrêt du tabac, photoprotection et alimentation équilibrée, riche en protéines) et sur la protection. On évitera ainsi tout ce qui est soupçonné de rigidifier les fibres de collagène et les septa fibreux, en particulier les excès chroniques qui entretiennent le stress oxydatif, la glycation et l’inflammation.

L’avis des professionnels

Tout porte donc à croire que la cellulite nécessite une approche globale pour être correctement accompagnée. Une globalité qu'aborde justement la médecine fonctionnelle, holistique par essence. Le témoignage de notre expert ci-dessous illustre à quel point la cellulite, loin de répondre aux schémas simplistes que l'on peut parfois lui attribuer, repose sur des intéractions multiples et complexes.

Le mot du médecin fonctionnel

"Je vois beaucoup de cas en consultations (lipoedème) or la cellulite est multifactorielle. Elle est souvent liée à un problème métabolique : soit qu'elle est le reflet d’une inflammation de bas grade (trop de graisses pro-inflammatoires vs. omégas-3), soit qu'elle résulte d'une mauvaise circulation lymphatique en lien avec une dysfonction thyroïdienne ou encore qu'elle découle d'une résistance à l’insuline : petit-déjeuners trop sucrés, goûters trop sucrés... Il existe aussi un lien avec le cortisol : si la prégnénolone, précurseur de nombreuses hormones, est mobilisée par la nécessité de produire du cortisol pour faire face au stress, d’autres voies hormonales sont moins bien assurées (comme celle de la testostérone), ce qui peut contribuer à la peau d'orange. Enfin, le manque d'activité physique joue également un rôle important."

Dr Yoni Assouly, médecin fonctionnel et auteur

Le mot de la nutritionniste

"Quel rôle jouent la glycémie et l’insuline dans le développement ou la persistance de la cellulite ? L’insuline est une hormone qui stimule le stockage des lipides dans les adipocytes et freine la dégradation des graisses (lipolyse). L’hyperinsulinémie chronique favorise donc l’hypertrophie des cellules graisseuses, l’accumulation de gras sous-cutané et les modifications structurales du tissu adipeux caractéristiques de la cellulite. Les pics glycémiques répétés et l’insulinorésistance sont aussi associés à une augmentation du stress oxydatif et à une inflammation chronique de bas grade. Or, la composante inflammatoire de la cellulite est aujourd’hui bien établie. À cela s’ajoutent des effets sur la microcirculation et la rétention d’eau, qui peuvent accentuer l’aspect peau d’orange. Plusieurs hypothèses* relient d’ailleurs les altérations du syndrome métabolique (caractérisé notamment par la résistance à l'insuline, l'obésité abdominale, la dyslipidémie...) aux signes de la cellulite. Ces deux affections partagent des mécanismes communs, comme l’inflammation, les déséquilibres hormonaux et des perturbations du fonctionnement du tissu adipeux." 

Référence : Adamidis N, Papalexis P, Adamidis S. Exploring the Link Between Metabolic Syndrome and Cellulite. Cureus. 2024 Jun 29;16(6):e63464. doi: 10.7759/cureus.63464.

Lila Bouber, docteure en nutrition et consultante scientifique

Quels produits naturels pour retrouver une peau plus lisse ?

Il peut être utile d'intégrer à votre routine quotidienne des soins qui améliorent la qualité cutanée et par des massages focalisés sur la circulation lymphatique et sanguine.

Sans pouvoir prétendre englober toutes les causes de la cellulite, certains soins naturels peuvent vous aider à lisser le relief de vos capitons. Les actifs qui soutiennent l'activité des fibroblastes, impliqués dans la synthèse de collagène, ainsi que la caféine, les agents antioxydants et les formules hydratantes sont particulièrement recommandés pour accompagner l'amélioration visuelle des tissus. Nous vous conseillons de les associer à une activité physique régulière ainsi qu'à une alimentation équilibrée afin de cibler plusieurs composantes de la cellulite et d'optimiser vos résultats.

Précautions

La cellulite (peau d'orange) est généralement bénigne. Néanmoins, il arrive qu'elle trahisse d'importants déséquilibres sous-jacents, notamment vasculaires, lymphatiques, dermatologiques ou endocriniens. Si vous avez le moindre doute, nous vous encourageons à vous rapprocher d'un professionnel de santé.

Conseil de l'expert

Lorsqu’on cherche à améliorer l’aspect de la cellulite, l’hydratation reste souvent l’un des premiers réflexes à adopter au quotidien. Une peau et des tissus correctement hydratés favorisent une meilleure circulation des fluides et limitent parfois la sensation de gonflement ou de rétention d’eau qui peut accentuer l’aspect capitonné de la peau. Attention toutefois à une idée reçue fréquente : le thé et le café ne remplacent pas l’eau. Bien qu’ils participent aux apports hydriques globaux, leur teneur en caféine peut également exercer un effet diurétique chez certaines personnes, surtout lorsqu’ils sont consommés en grande quantité.

En savoir plus

Le sport peut-il vraiment faire disparaître la cellulite ?

Non, mais il peut aider à atténuer l’apparence de la cellulite. Il aide à diminuer la quantité de graisse, à fluidifier la circulation des liquides, à tonifier les muscles et à sculpter les rondeurs. Il est toutefois inefficace sur d’autres facteurs impliqués dans la cellulite : sensibilité hormonale, génétique, structure tissulaire.

Quel type d’entraînement est le plus efficace contre la cellulite ?

Le cardio seul ne suffit pas : il semble plus intéressant de le combiner à des exercices de musculation localisés (fesses, cuisses, etc.). Le renforcement musculaire joue un rôle important dans la réduction de l’aspect capitonné typique de la cellulite.

Pourquoi ai-je de la cellulite si je mange sainement ?

La cellulite est un phénomène multifactoriel dont l’alimentation ne représente qu’une seule petite composante. La génétique, l’activité physique, les variations hormonales, les phénomènes inflammatoires, la circulation sanguine, l’architecture tissulaire, le drainage lymphatique et le vieillissement cutané interviennent également dans le processus de formation des capitons.

Zoom sur notre rédactrice spécialisée, Hélène Betoux

Hélène Betoux est une journaliste beauté française spécialisée dans les médias du Web. Elle rédige quotidiennement des astuces, des conseils et des guides pour aider les consommateurs à bien choisir leurs produits de beauté. Proche de la cosmétique naturelle, biologique et "clean", elle a toujours un œil sur les tendances et les innovations du secteur, qu'elle aime analyser et partager.

Bibliographie

1

Bass LS, Kaminer MS. Insights Into the Pathophysiology of Cellulite: A Review. Dermatol Surg. 2020 Oct;46 Suppl 1(1):S77-S85. doi: 10.1097/DSS.0000000000002388. PMID: 32976174; PMCID: PMC7515470.

2

3

De la Casa Almeida M, Suarez Serrano C, Rebollo Roldán J, Jiménez Rejano JJ. Cellulite's aetiology: a review. J Eur Acad Dermatol Venereol. 2013 Mar;27(3):273-8. doi: 10.1111/j.1468-3083.2012.04622.x. Epub 2012 Jul 3. PMID: 22758934.

4

Khalil S, Galadari HI. Cellulite: An Update on Pathogenesis and Management. Dermatol Clin. 2024 Jan;42(1):129-137. doi: 10.1016/j.det.2023.06.008. Epub 2023 Jul 26. PMID: 37977679.

5

Bass LS, Kaminer MS. Insights Into the Pathophysiology of Cellulite: A Review. Dermatol Surg. 2020 Oct;46 Suppl 1(1):S77-S85. doi: 10.1097/DSS.0000000000002388. PMID: 32976174; PMCID: PMC7515470.

6

Rico-Campà, Martinez-Gonzàlez M A, Alvarez-Alvarez I, Mendonça R d D, de la Fuente-Arrillaga C, Gomez-Donoso C et al. Association between consumption of ultra-processed foods and all cause mortality: SUN prospective cohort study BMJ 2019; 365 :l1949 doi:10.1136/bmj.l1949.

7

Friedmann DP, Vick GL, Mishra V. Cellulite: a review with a focus on subcision. Clin Cosmet Investig Dermatol. 2017 Jan 7;10:17-23. doi: 10.2147/CCID.S95830. PMID: 28123311; PMCID: PMC5234561.

8

Tokarska K, Tokarski S, Woźniacka A, Sysa-Jędrzejowska A, Bogaczewicz J. Cellulite: a cosmetic or systemic issue? Contemporary views on the etiopathogenesis of cellulite. Postepy Dermatol Alergol. 2018 Oct;35(5):442-446. doi: 10.5114/ada.2018.77235. Epub 2018 Jul 19. PMID: 30429699; PMCID: PMC6232550.