La cranberry, aussi appelée canneberge, est traditionnellement utilisée dans la sphère urinaire. Cet usage, popularisé au cours du XXe siècle, a progressivement amené les chercheurs à étudier certains constituants de la baie. [4] Cette utilisation traditionnelle n’équivaut toutefois pas à la démonstration d’un effet thérapeutique.
Que contient la cranberry ?
La cranberry, Vaccinium macrocarpon, contient différents polyphénols, des substances naturellement présentes dans les végétaux. Parmi eux figurent les proanthocyanidines, généralement abrégées en PAC. Ces composés ont fait l’objet de nombreux travaux dans le contexte de la sphère urinaire. [4,5]
La composition et la teneur en PAC peuvent varier considérablement selon le fruit, sa transformation et le produit final. Pour découvrir plus largement cette baie et ses différentes formes de consommation, consultez notre article consacré à la canneberge.
Pourquoi ces composés sont-ils étudiés ?
Certains travaux expérimentaux ont étudié les interactions entre les PAC de cranberry et des souches d’E. coli impliquées dans les infections urinaires. Ils se sont notamment intéressés aux mécanismes permettant à certaines bactéries d’adhérer aux cellules de l’urothélium, le tissu qui tapisse l’intérieur des voies urinaires. [5]
Ces résultats apportent une hypothèse biologique, mais ne suffisent pas à démontrer un effet chez l’être humain. Un phénomène observé in vitro, c’est-à-dire en laboratoire hors de l’organisme, doit être distingué d’un bénéfice clinique démontré après consommation du produit.
Que disent les études scientifiques ?
De nombreux essais ont étudié la cranberry chez des personnes sujettes aux infections urinaires récidivantes. La revue Cochrane actualisée en 2023 a regroupé 50 études randomisées portant sur 8 857 participants. Certains résultats vont dans le sens d’une fréquence plus faible des infections urinaires symptomatiques confirmées microbiologiquement dans certaines populations, notamment chez des femmes ayant des épisodes récidivants. Les résultats ne sont toutefois pas homogènes dans l’ensemble des populations étudiées. [6]
Leur interprétation reste délicate, car les études utilisent des formes de cranberry, des teneurs en PAC, des quantités et des durées de consommation différentes. Les profils des participants varient également. Les recommandations européennes soulignent ainsi l’hétérogénéité des données disponibles. Pour une cystite aiguë déjà présente, celles-ci ne permettent pas de considérer la cranberry comme un traitement. [2]
Sur le plan réglementaire, les résultats d’études cliniques ne suffisent pas à autoriser une allégation de santé. Dans une évaluation publiée en 2025 concernant une demande d’allégation relative à la défense contre les bactéries des voies urinaires basses, l’EFSA a conclu que les éléments disponibles ne permettaient pas d’établir une relation de cause à effet. [7] À ce jour, aucune allégation de santé européenne n’autorise à présenter la cranberry comme permettant de prévenir ou de traiter une infection urinaire. [8]
En France, la HAS mentionne néanmoins la canneberge parmi les options pouvant être discutées chez les femmes présentant des cystites récidivantes à E. coli. [9] Cette recommandation clinique destinée aux professionnels de santé ne constitue pas une allégation autorisant à attribuer à la cranberry un effet de prévention auprès du consommateur.
Les recherches restent donc intéressantes, principalement dans le contexte des récidives, mais elles ne permettent pas de présenter la cranberry comme un traitement d’une cystite.