Mythe ou réalité : appliquer une huile sur une peau à problèmes, fausse bonne idée ?

Les huiles végétales, naturellement riches en composés bioactifs, sont de véritables piliers des soins naturels et biologiques. Toutefois, leur utilisation engendre bien souvent des interrogations et des réticences, en particulier du côté des peaux à problèmes. Vous êtes ainsi nombreux à craindre de développer plus d’imperfections si vous introduisez une huile végétale dans votre routine. Cette crainte participe d’ailleurs partiellement au succès des crèmes sans huile. Cette peur est-elle réellement fondée ? Nous vous proposons de confronter la question aux données scientifiques disponibles afin de vous guider vers les meilleurs choix naturels pour votre peau.


Temps de lecture : +4 min.

En bref : 

  • Les peaux à problèmes, c’est-à-dire à tendance acnéique, peuvent tout à fait utiliser des huiles végétales.

  • Il est simplement préférable qu’elles choisissent des huiles réputées non comédogènes, avec une majorité d'acides gras polyinsaturés, à pénétration rapide et conservées dans des conditions de stockage adéquates.

Les huiles végétales peuvent-elles donner des boutons ?

La réponse courte : oui, il est tout à fait possible qu’une huile végétale mal choisie puisse aggraver l’aspect d’une peau à problèmes. Néanmoins, rassurez-vous : cela ne concerne que quelques huiles végétales bien connues que vous pourrez facilement éviter. On les appelle les "huiles comédogènes".

Oui, pour les huiles comédogènes

Plus une huile est comédogène, plus elle aura tendance à boucher vos follicules pilo-sébacés (que vous connaissez peut-être sous le terme inadéquat de "pores"). Ce phénomène occlusif peut être à l’origine de comédons ouverts (points noirs) et de comédons fermés (points blancs). C’est la raison pour laquelle ces huiles végétales sont généralement déconseillées aux peaux à problèmes – c’est-à-dire aux peaux à tendance acnéique, aux peaux grasses, aux peaux mixtes, voire aux peaux sensibles.

Non, certaines huiles sont même bénéfiques en cas d’imperfections

À l’inverse, la science a prouvé que des composants présents dans certaines huiles végétales seraient bénéfiques pour accompagner les symptômes de l'acné. Une étude de 2017 (1) observe par exemple que la barrière lipidique (le sébum) des peaux à tendance acnéique serait carencée en acide linoléique. Ce déséquilibre favoriserait la formation de comédons et entretiendrait les phénomènes inflammatoires. L’utilisation d’huiles riches en acide linoléique serait ainsi utile pour compenser ce manque. Par extension, elle permettrait de limiter les phénomènes d’obstruction des orifices pilo-sébacés.

Comment savoir si une huile végétale est comédogène ?

Qu’est-ce que l’indice de comédogénicité ?

Si vous craignez que votre peau à problèmes ne supporte pas les huiles végétales, vous serez peut-être tenté de vous en remettre à l’indice de comédogénicité. Il s’agit d’un score sur 5 qui détermine le potentiel comédogène d’un ingrédient cosmétique. Le score de "0" signifie qu’un ingrédient n’est pas du tout comédogène, quand le score de "5" sanctionne à l’inverse les substances fortement comédogènes. Toutefois, cette échelle étant surtout empirique et non standardisée, il est possible que vous trouviez des indices différents d’une source à une autre. Aussi, nous vous recommandons plutôt de vous appuyer sur les critères ci-dessous afin de maximiser vos chances de tolérance.

Quels sont les critères qui influencent le potentiel comédogène ?

Critère

Impact sur le potentiel comédogène

Composition en acides gras

Les huiles végétales qui contiennent une majorité d’acides gras saturés (stéarique, tétradécanoïque, palmitique, arachidonique, etc.) sont souvent considérées comme plus comédogènes que les autres. Il en va de même pour les huiles riches en acide oléique (2). Les huiles dites "non comédogènes" auraient quant à elles une majorité d’acides gras polyinsaturés, comme l’acide linoléique, l’acide linolénique et l’acide gamma-linolénique.

Texture

Les huiles végétales à consistance légère avec un toucher sec sont généralement peu ou pas comédogènes. À l’inverse, les huiles végétales de consistance plus lourde, qui mettent du temps à pénétrer et qui laissent un film gras en surface, sont susceptibles de boucher plus facilement les orifices pilo-sébacés des peaux à problèmes.

Mode de production

S’il n’existe aucune étude qui soutienne explicitement que les huiles raffinées sont plus comédogènes que les huiles extraites par pression à froid, il est avéré que le raffinage modifie la composition bioactive des huiles végétales (3). Cette différence pourrait avoir un impact sur la comédogénicité des huiles, notamment parce que le raffinage modifie leur structure lipidique et leur stabilité oxydative.  

Conservation

Une huile conservée dans des conditions inappropriées (exposée à la lumière ou à la chaleur, par exemple) est une huile qui s’oxyde plus rapidement. L’oxydation altère la composition et la texture des huiles végétales, qui ont tendance à devenir plus visqueuses et à former un film plus occlusif, potentiellement comédogène, à la surface de la peau.


Quelles huiles végétales peuvent convenir aux peaux à problèmes ?

La sélection ci-dessous se fonde principalement sur le travail de recherche de Natalia Schäfer et al. publié en 2022 autour des Possibilities of using vegetable oils in acne skin care (4).Elle présente les principales huiles végétales réputées non comédogènes, et par conséquent recommandables aux peaux à tendance acnéique, sans toutefois prétendre être exhaustive ni absolue. Vous avez un doute sur une huile végétale ? Nous vous recommandons de vous référer à sa fiche technique, où vous trouverez de nombreuses informations détaillées pour vous aider à faire un choix éclairé pour votre peau.

Huile de Jojoba BIO

Huile de Nigelle BIO

Huile de soin Argan du Maroc BIO

Les autres huiles végétales recommandées aux peaux mixtes à grasses

Huile de soin Bourrache de France BIO. Elle contient une majorité d’acide linoléique (39 %) (5). Considérée comme une huile sèche, elle est en effet particulièrement pénétrante. Ce remarquable pouvoir de pénétration lui permet de soutenir la production de prostaglandines, qui possèdent des effets apaisants.

Huile d'Inca inchi BIO. Elle contient une majorité d’acide linolénique (50 %) (5). Rapidement absorbée par la peau, elle apaise et aide à préserver l’équilibre lipidique des peaux à tendance acnéique et atopique.

Huile d'Onagre BIO. Elle contient une majorité d’acide linoléique (74 %) (5). Elle a la particularité de renfermer une petite concentration de Zinc, impliqué dans la réparation naturelle de la peau et le maintien d’une séborrhée normale. Elle est aussi connue pour apaiser les inconforts et les sensations d’irritations.

Huile de Noisette BIO. Elle contient une majorité d'acide oléique (83 %) (5), mais est traditionnellement considérée comme non comédogène en raison de son toucher très pénétrant. Très intéressante pour équilibrer la production de sébum, elle concourt parallèlement à protéger la peau de la déshydratation, tout en la rendant plus souple et plus douce. 

Quelles sont les huiles végétales à éviter en cas de peau à imperfections ?

Ci-dessous les principales huiles végétales traditionnellement considérées comme comédogènes :

  • L'huile d'Avocat : riche en acide oléique, elle est idéale pour les peaux sèches, matures et les zones délicates du visage, comme le contour des yeux

  • L'huile de germes de Blé : bien que riche en acide linoléique, elle constitue un soin nourrissant et antioxydant intensif qui convient davantage aux peaux très sèches et desquamées

  • L'huile de Coco : riche en acide laurique, elle possède une texture très épaisse et couvrante qui la prédispose à une utilisation sur peau sèche

  • L'huile d'Olive : riche en acide oléique, elle prend soin des peaux matures, des peaux sèches, des peaux irritées et des peaux délicates.

  • L'huile de Soja : bien que riche en acide linoléique, elle est essentiellement conseillée aux peaux sensibles ainsi qu’aux peaux matures.

  • L'huile d'Amande douce : riche en acide oléique, elle est connue de longue date pour ses bienfaits sur les peaux inconfortables et sur les peaux très sèches.

Notre conclusion, fondée sur la littérature scientifique

Mythe ou réalité ?

Mythe partiel. Effectivement, les peaux à problèmes ne tolèrent pas certaines huiles végétales dans le sens où elles peuvent contribuer à obstruer leurs follicules pilo-sébacés et à favoriser l’apparition d’imperfections. Toutefois, cette particularité physico-chimique ne concerne que certaines huiles. L’indice de comédogénicité est un repère intéressant, mais il reste essentiellement théorique.

Ce qui est vrai sur les huiles végétales en cas d’imperfections

  • Oui, les peaux à problèmes devraient éviter d’utiliser les huiles végétales réputées comédogènes

  • Oui, il existe des huiles végétales dites "non comédogènes" ou "peu comédogènes" qui conviennent davantage aux peaux mixtes, grasses ou à imperfections

  • Oui, toutes les huiles végétales peuvent s’oxyder prématurément et développer un profil occlusif si elles ne sont pas stockées correctement.

Ce qui est faux sur les huiles végétales pour une peau à problèmes

  • Non, appliquer une huile végétale sur votre peau ne vous donnera pas forcément de boutons

  • Non, les huiles végétales ne sont pas réservées qu’aux peaux sèches : il en existe pour tous les types de peau

  • Non, l’indice de comédogénicité des huiles proposé par certaines sources n’a aucune valeur officielle et ne devrait pas déterminer à lui seul le rejet d’une huile végétale.

De quoi nourrir la réflexion

L’indice de comédogénicité d’une huile végétale est souvent cité comme le premier critère pour déterminer si ladite huile convient aux peaux à problèmes. Si elle peut guider la décision d’achat, cette donnée demeure à appréhender avec précaution. En premier lieu parce qu’elle ne repose souvent sur aucune étude clinique fiable. Il existe en effet très peu de publications qui s’intéressent à la comédogénicité de chaque huile végétale existante, encore moins in vivoet sur des échantillons de peau humaine. Cette donnée découle avant tout d’une analogie mécanique fondée sur la composition des huiles en acides gras ainsi que sur leur pouvoir de pénétration cutanée (1).

D’ailleurs, nul besoin de chercher bien loin pour trouver des résultats contradictoires… L’huile végétale de Coco, par exemple, est généralement considérée comme fortement comédogène. Elle est donc déconseillée aux peaux à imperfections. Toutefois, il s’agit aussi de l’une des huiles végétales les plus riches en acide laurique, un acide gras saturé rare dans le règne végétal. Ce dernier, présent naturellement dans le sébum humain, s’est révélé actif in vitro contre plusieurs bactéries dont Propionibacterium acnes (2). Sous certains aspects de sa composition, l’huile de Coco pourrait donc être comédogène, mais aussi paradoxalement bénéfique en cas de symptômes de l'acné.

Précautions

Le fait qu’une huile végétale soit considérée comme non comédogène ou peu comédogène ne signifie pas que votre peau n’y réagira pas. Il existe une grande variété de réactions individuelles que la littérature scientifique ne peut pas recenser. C’est pourquoi nous vous conseillons de tester la tolérance de votre peau à l’huile que vous avez choisie avant de l’appliquer sur l’intégralité de votre visage. Pour ce faire, massez-en une goutte sur votre poignet ou le pli de votre coude. Patientez 48 heures pour vérifier l’absence de toute réaction indésirable (rougeurs, irritations, démangeaisons, etc.). Si votre peau vous semble réagir négativement, cessez d’utiliser l’huile concernée.

Conseil de l’expert

Si vous avez une peau à problèmes, sachez que la quantité d’huile végétale que vous appliquez sur votre peau joue un rôle important sur l’apparition d’éventuels comédons. Deux ou trois gouttes suffisent à chaque utilisation. Les peaux grasses, par définition, sont déjà protégées par une quantité généreuse de lipides en surface. Et trop, c’est trop. D'ailleurs, votre peau saura vous le dire si vous avez eu la main un peu lourde… N’hésitez pas à expérimenter pour vous adapter aux besoins de votre peau au gré des saisons.

En savoir plus

Quelle huile végétale utiliser en cas de peau sensible ?

Nous vous recommandons de privilégier les huiles végétales riches en omégas-3, qui possèdent des propriétés naturellement apaisantes. L’huile végétale de Cameline, par exemple, est réputée pour réparer l’apparence des peaux irritées tout en prévenant l’apparition des signes de l’âge. L’huile végétale qui possède la plus forte teneur en omégas-3 demeure l’huile de Périlla, aux puissants bienfaits restructurants, apaisants et assouplissants. Vous pouvez également vous tourner vers l’huile végétale de Chanvre, idéale en cas de rougeurs, mais aussi en cas de ridules et de rides installées.

Les huiles minérales sont-elles comédogènes ?

L’huile minérale est souvent considérée comme comédogène ; c’est d’ailleurs cette particularité qui alimente les confusions avec les huiles végétales. Néanmoins, les études scientifiques à son sujet sont plus nuancées, voire contradictoires (6). Certaines publications concluent qu’elle n’a aucun potentiel comédogène (7). Comédogènes ou pas, les cires minérales restent issues de l’industrie du pétrole. Elles soulèvent des enjeux qui surclassent leur comédogénicité, à commencer par leur impact environnemental.

Faut-il vraiment éviter les huiles végétales comédogènes ?

Une huile comédogène n’est pas "mauvaise" pour la peau en soi. Certes, elle ne conviendra probablement pas aux peaux mixtes à grasses. En revanche, elle fera très certainement le bonheur des peaux sèches ou déshydratées. Sa capacité à former un film semi-occlusif à la surface de l’épiderme est justement un facteur déterminant dans la régulation de la perte insensible en eau (PIE). Autrement dit, les huiles comédogènes ont un profil émollient très intéressant, en particulier lorsque l’efficacité protectrice de la barrière cutanée est temporairement dégradée.

Zoom sur notre rédactrice spécialisée, Hélène Betoux

Hélène Betoux est une journaliste beauté française spécialisée dans les médias du Web. Elle rédige quotidiennement des astuces, des conseils et des guides pour aider les consommatrices à bien choisir leurs produits de beauté. Proche de la cosmétique naturelle, biologique et "clean", elle a toujours un œil sur les tendances et les innovations du secteur, qu'elle aime analyser et partager.

Bibliographie

1

Lesiak A, Ciążyńska M. Wpływ kwasu g-linolenowego oraz honokiolu na funkcje skóry, Forum Dermatologicum. 2017, volume 3, issue 4, p. 152-156.

2

Alex Hernandez. Oils and Comedogenicity, Skin Inc, 6 septembre 2022.

3

Grajzer M, Szmalcel K, Kuźmiński Ł, Witkowski M, Kulma A, Prescha A. Characteristics and Antioxidant Potential of Cold-Pressed Oils-Possible Strategies to Improve Oil Stability, Foods. 8 novembre 2020, volume 9, numéro 11 :1630. doi: 10.3390/foods9111630. PMID: 33171600; PMCID: PMC7695170.

4

5

Moore EM, Wagner C, Komarnytsky S. The Enigma of Bioactivity and Toxicity of Botanical Oils for Skin Care. Front Pharmacol. 29 mai 2020, volume 11, numéro 785. doi: 10.3389/fphar.2020.00785. PMID: 32547393; PMCID: PMC7272663.

6

Hoang-Cindy LE. L’huile minérale, DESS de cosmétologie, Université du Québec à Chicoutimi, décembre 2015.

7

J. C. DiNardo, Is mineral oil comedogenic? J. Cosmet. Dermatol., 2005, volume 4, numéro 1, p. 2-3.