Mieux comprendre l’olfactothérapie

Qu’elles nous paraissent plaisantes ou désagréables, les odeurs ont le pouvoir d’agir sur nos émotions. Nous avons en effet tous expérimenté l’effet « Madeleine de Proust » d’une odeur nous évoquant un souvenir heureux. En s’appuyant sur le pouvoir des odeurs, l’olfactothérapie stimule le sens olfactif pour apaiser, aider à rétablir une harmonie intérieure ou améliorer l'estime de soi. Les odeurs sont donc un outil puissant et plaisant pour un mieux-être.

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Définition de l’olfactothérapie

L’olfactothérapie est une méthode psycho-émotionnelle et symbolique qui s’appuie sur certaines huiles essentielles ou des parfums pour améliorer le bien-être émotionnel et physique. L’inhalation ciblée de molécules odorantes permet en effet d’activer des circuits neuronaux précis et ainsi de favoriser une réharmonisation émotionnelle.

L’odorat, un sens olfactif plus puissant qu’il n’y paraît

Bien plus qu’un sens secondaire et insuffisamment sollicité, l’odorat est 1000 fois plus sensible que celui du goût. L'homme peut détecter jusqu'à 1 000 milliards d'odeurs grâce à 16 à 10 millions de cellules olfactives par narine, lesquelles perçoivent les molécules odorantes et déclenchent des signaux transmis au cerveau. S’il nous permet de percevoir toutes sortes d'odeurs et d’apprécier les plus plaisantes d’entre elles, l’odorat a aussi pour vocation de nous alerter d’un danger (en cas d’odeur nocive ou nauséabonde) et peut augmenter notre appétit. 

De plus, il est le seul de nos 5 sens à ne pas passer par le thalamus avant d’atteindre le cortex. Il est en effet relié directement au cerveau limbique par le nerf olfactif. Les odeurs stimulent les récepteurs olfactifs qui transitent vers le bulbe olfactif puis vers des centres bien spécifiques du cerveau : l’amygdale (siège de la mémoire émotionnelle), l’hippocampe (consolide des souvenirs autobiographiques) et le cortex orbitofrontal (en charge de l’évaluation cognitive et décisionnelle).

Grâce à la puissance et à la complexité du sens olfactif, les odeurs sont capables d’éveiller des émotions, affects, peurs, joies ou souvenirs avant même qu’une analyse consciente de ces molécules odorantes puisse être faite.

Les bienfaits de l’olfactothérapie

De façon générale, l’olfactothérapie permet de moduler l’état psychique, apaiser le stress et favoriser la transformation intérieure en utilisant l’odeur comme outil de dialogue avec l’inconscient.

Mieux gérer le stress, l’anxiété et les émotions fortes

Les odeurs ont le pouvoir d’apaiser le système nerveux, de réduire l’hyperactivité mentale et d’amener une forme de sécurité intérieure.

Libérer des blocages

Sentir une odeur peut faire remonter à la surface une mémoire ancienne ou une émotion bloquée. L’olfactothérapie permet alors de l’accueillir, l’accepter, la traverser pour mieux la transformer en positif.

Se reconnecter à soi

Les odeurs permettent un retour à l’ici et maintenant. Elles aident à mieux s’écouter, favorisent l’ancrage du corps, la présence à soi, la perception et la reconnaissance des besoins profonds.

Bénéficier d’un soutien dans les moments difficiles

L’olfactothérapie peut être d’un précieux secours dans les périodes de transition de l’existence tels qu’un deuil, un burn-out, une dépression, un changement professionnel, une séparation, des questionnements existentiels ou quand on se sent en perte de repères.

Ressentir joie, créativité et motivation

Il existe des odeurs particulièrement positivantes (comme celle de l'orange douce), optimisantes (orange sanguine de Sicile), toniques (citron) et donc capables de restaurer l’élan vital, la joie de vivre et d’aider à sortir d’un état de résignation ou de stagnation.

Elles aident à faire appel à des ressources internes (confiance, ancrage, joie).

Améliorer le sommeil et mieux gérer le stress

Certaines odeurs très apaisantes, réconfortantes et rassurantes facilitent l’endormissement, améliorent la qualité du sommeil et permettent de mieux gérer le stress. Celle de la lavande est bien connue en cas de troubles du sommeil et de stress.

L’olfactothérapie pour retrouver l’odorat perdu

Le milieu hospitalier s’intéresse de plus en plus au pouvoir des odeurs et voit en l’olfactothérapie une perspective très intéressante pour réactiver la mémoire, le langage et les émotions des patients en service de neurologie souffrant de perte de l’odorat, et aussi de personnes âgées ou atteintes par la maladie d’Alzheimer. (¹)

Ainsi, depuis le début des années 2000, plusieurs hôpitaux proposent des ateliers olfactifs pour accompagner la rééducation de patients cérébro-lésés ou atteints de troubles cognitifs. 

Lors de ces séances, des odeurs familières telles que celles du café, du pain grillé, du savon, des herbes ou épices… sont proposées à l’olfaction afin de déclencher un souvenir ou une émotion qui y seraient rattachés.

L’hôpital Raymond-Poincaré de Garches (AP-HP) utilise ainsi la stimulation olfactive comme outil de rééducation neurologique pour les patients ayant subi un traumatisme crânien, un AVC ou un séjour prolongé en coma.

Pionnier, il a mis en place dès 2001 un atelier « Sentir pour mieux se souvenir » pour les patients du service de neurologie et de médecine physique et de réadaptation. Il a constitué une olfactothèque afin que les odeurs qui la composent jouent de rôle de déclencheurs pour stimuler la mémoire autobiographique (souvenirs de famille, de vacances, de travail…), relancer le langage, réactiver l’éveil et l’attention et redonner du plaisir sensoriel. (²)

L’olfactothérapie est aussi une piste très intéressante en gériatrie pour raviver les souvenirs et apaiser les troubles du comportement. La stimulation olfactive est ainsi proposée en EHPAD ou en services spécialisés dans le soin de seniors.

Il en ressort des résultats très positifs comme le déclenchement de souvenirs plus vivants et plus chargés émotionnellement que des stimuli visuels neutres, l’évocation de détails autobiographiques (lieux, personnes, situations) et une amélioration, du moins transitoire de l’humeur et le sentiment d’identité (« je me souviens que j’aimais…», « j’étais… », « j’allais … »). Mais aussi une diminution de l’agitation et l’anxiété et de certains troubles du comportement.

Tout en améliorant les relations avec le personnel soignant, l’olfactothérapie peut aussi dans certains cas permettre de réduire le recours à des psychotropes.

Comment pratiquer l’olfactothérapie ?

Une séance d’olfactothérapie peut être réalisée sous la supervision d’un thérapeute ou en autonomie.

Dans tous les cas, tout commence par le choix des odeurs et cette étape est fondamentale car chaque huile essentielle possède une "signature émotionnelle" avec des propriétés sensorielles bien spécifiques :

  • Les huiles essentielles riches en monoterpènes (limonène, α-pinène) sont toniques, stimulent au niveau cognitif et favorisent la bonne humeur : pin sylvestre, citron, sapin baumier, épinette noire, genévrier, ciste ladanifère.

  • Les huiles essentielles riches en esters (acétate de linalyle) possèdent des effets calmants et modulateurs du système parasympathique : lavande vraie, lavandin, thym ct-linalol, petit grain bigarade.

  • Les huiles essentielles riches en aldéhydes sont rééquilibrantes sur le plan émotionnel : citronnelle de Ceylan, lemongrass, verveine citronnée, mélisse officinale. 

  • Les huiles essentielles riches en sesquiterpènes favorisant l’ancrage et la stabilité : cèdre de l’Atlas, millepertuis, ylang-ylang, sapin baumier.

  • Le thérapeute va choisir les odeurs selon l’objectif de la séance et va les adapter aux réactions d’attraction, rejet ou neutralité du consultant. Il va prendre en compte chaque réponse comme étant porteuse de sens.

Vient ensuite l’inhalation consciente de molécules aromatiques qui se pratique en approchant le flacon des narines, en le respirant lentement, yeux fermés, en laissant l’odeur pénétrer dans l’espace intérieur. Le thérapeute va alors analyser leur impact neuro-émotionnel. Il observe le pratiquant pendant l’inhalation, puis l’interroge sur les sensations, images, émotions ou souvenirs que les odeurs ont suscitées, sans jugement. Il peut aider le consultant à verbaliser, comprendre et si besoin à se libérer de blocages ou émotions trop fortes. Cette séance d’olfaction peut être avantageusement complétée par un massage, des exercices de respiration, une relaxation ou encore une méditation.

Si l’on souhaite pratiquer seul, il suffit de : 

  • Choisir une huile essentielle douce et sécuritaire comme l’orange douce ou la lavande vraie.

  • En déposer 1 goutte sur un mouchoir puis de la respirer 3 fois profondément.

  • Noter mentalement ou sur une feuille les émotions ou sensations émergentes.

Il convient d’inhaler l’huile essentielle ou le parfum choisis de façon fractionnée afin d’éviter une saturation neuronale : 3 à 5 respirations profondes, espacées.

Le conseil de l’experte

Ayez toujours à portée de main un ou plusieurs flacons de vos huiles essentielles favorites ou encore un flacon de parfum ou d’eau de toilette que vous prisez particulièrement. Ceci autant pour le plaisir d’humer cette senteur que pour ses effets apaisants et rassurants si le stress vous gagne ou que vous subissez un choc émotionnel. 

Vous pouvez au choix déposer 1 goutte du parfum ou de l’huile essentielle sur un mouchoir que vous respirerez autant de fois que nécessaire ou renifler directement au flacon pendant 30 secondes à 1 minute. Accordez-vous ensuite le temps de noter dans un journal ou sur une feuille les ressentis suscités par l’odeur.

En savoir plus

Quelle est la différence entre l’olfactothérapie et l’aromathérapie ?

Ces 2 disciplines ont en commun de s’appuyer sur les propriétés des huiles essentielles mais l’aromathérapie adopte une approche physiologique, en utilisant les principes actifs des huiles essentielles pour agir au niveau respiratoire, digestif, immunitaire ou cutané. Son action se porte donc sur le corps physique.

L’olfactothérapie, quant à elle, met à profit l’impact des odeurs sur le cerveau limbique. En utilisant l’olfaction, elle agit sur les mémoires, émotions, archétypes et ressentis. Elle ne prend pas en considération les propriétés biochimiques des huiles essentielles comme le fait d’aromathérapie.

L’olfactothérapie présente-t-elle des risques ?

L’utilisation des huiles essentielles doit se faire en prenant les précautions d’usage car elles sont très puissantes. Elles ne doivent pas être utilisées pures sur la peau (mais diluées dans une huile végétale ou dans un dispersant) et ne doivent pas être approchées des yeux ou du contour de l’œil. Elles doivent être placées hors de portée et hors de vue des enfants.

Par sécurité, ne retirez jamais la capsule codigoutte des flacons.

Zoom sur notre rédactrice spécialisée, Claire DESVAUX

Claire DESVAUX est diététicienne, naturopathe et contributrice pour des sites spécialisés en bien-être au naturel. Très sensibilisée à la protection de l’environnement et la cause animale, ses domaines de prédilection sont l’alimentation à dominante végétarienne, la phytothérapie, le bien-être digestif et intestinal ainsi que le développement personnel.

Bibliographie

1

Sophie Macheteau, Guide d’olfactothérapie (2019)

Rustica Éditions

2

Ana Sandrea, Guérir de ses blessures émotionnelles (2025)

Guy Trédaniel éditeur

3

(1) Université de Strasbourg - Aromathérapie et pratiques de soins – Intégrer les huiles essentielles dans le parcours patient

4

(2) Ophélie Glachet, Marie-Charlotte Gandolphe, Karim Galloui, Pascal Antoine et Mohamad El Haj (2023). Les effets de la stimulation olfactive sur la mémoire autobiographique dans la maladie d’Alzheimer