Rendez-vous bien-être : lien entre l'endométriose et les polluants éternels
Dans cet épisode, présenté par Enora Malagré, nous recevons Marina Kvaskoff, chercheuse et épidémiologiste à l’INSERM, pour nous parler du projet POPENDO. Cette étude a pour but de démontrer le lien potentiel entre les polluants éternels et le développement de l’endométriose. Au fil de cet échange, Marina Kvaskoff nous aide à mieux comprendre ce qu’est réellement l’endométriose, ses effets sur le corps et son impact sur la vie des femmes. Mais surtout, elle partage des pistes de recherche et des raisons d’espérer pour l’avenir.

Au programme
En venir à la recherche sur l'endométriose
L'errance médicale et le diagnostic
L'endométriose et ses différentes formes
Le projet POPENDO de la Fondation INSERM
De l’espoir pour l’avenir
Leur échange
Enora Malagré : Est-ce que tu peux nous décrire ce que c’est que l’endométriose ? Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore cette maladie.
Marina Kvaskoff : Oui, l’endométriose se définit par la présence de tissus semblables à l’endomètre en dehors de la cavité utérine. L’endomètre est la cavité, ce qui tapisse la cavité interne de l’utérus. Ces lésions se retrouvent un petit peu partout dans la cavité pelvienne, et il y en a plusieurs formes. La forme qu’on décrit le plus facilement, c’est l’endométriome. C’est le kyste endométriosique de l’ovaire. C’est la forme qu’on va pouvoir voir le mieux et repérer, que ce soit par l'échographie, l’IRM ou par chirurgie. On va repérer une endométriose parce que c’est un kyste qui est sur l’ovaire ou dans l’ovaire et qui est rempli de sang, rempli de liquide endométrial. Il y a aussi l’endométriose profonde où là ce sont des nodules qui se retrouvent un peu plus profondément dans le péritoine et dans les tissus, plus difficile à diagnostiquer...
Enora Malagré : Alors, on l’a dit, ça touche une femme sur dix. C’est une maladie qui fait extrêmement souffrir. C’est la première cause d’infertilité en France. Comment ça se fait, Marina ? Qu’en 2026 on mette encore autant de temps à diagnostiquer cette maladie ?
Marina Kvaskoff : L’une des premières raisons, c’est que c’est difficile à détecter. Il faut effectivement un œil expert pour pouvoir vraiment diagnostiquer la maladie. Et puis, c’est une maladie qui est très longtemps restée taboue parce que liée aux règles, parce qu’il y a vraiment une invisibilisation de la douleur des femmes dans l’histoire. Si ça avait été une maladie d’homme avec 20 jours par mois, admettons, ils ont mal aux testicules. Je pense qu’on aurait trouvé la solution depuis longtemps. Donc il y a aussi ce côté presque sociétal qui s’est ajouté à la médecine.
Enora Malagré : Puis il y a autant d’endométriose que de femmes. Il y a une grande hétérogénéité de forme de la maladie, d’apparence, de lésions, de symptômes aussi, d’impact dans le quotidien...
Marina Kvaskoff : Le symptôme le plus courant, ça va être la dysménorrhée, les douleurs pendant les règles. Un autre symptôme qui est très courant aussi, c’est la dyspareunie. Donc les douleurs pendant les rapports sexuels ou après, les douleurs à la miction, des douleurs lors de l’évacuation d’urine, des douleurs lors d’évacuation de selles aussi. Et puis des douleurs abdominales. La plupart du temps, il y a des douleurs qui sont cycliques puisque ça revient avec les règles.
Pour certaines femmes, il y a aussi des douleurs qui sont acycliques, c’est-à-dire qui surviennent en dehors du cycle menstruel. Il y a des femmes qui souffrent que pendant leurs règles, d’autres femmes qui souffrent tout le temps. En fait, pendant leur cycle, il y a des femmes qui ont des neuropathies, où il y a une atteinte nerveuse. Donc, soit parce que la maladie touche des nerfs, soit parce qu’il y a une hypersensibilisation du système nerveux. C’est donc extrêmement hétérogène. Et cette hétérogénéité, on la retrouve aussi en termes de réponse au traitement.
Enora Malagré : On va arriver au cœur de ce que toi, tu fais justement, la recherche dont on a tant besoin. Aujourd’hui, tu travailles sur le projet POPENDO, soutenu par Aroma-Zone et d’autres mécènes. Ce projet étudie l’impact des perturbateurs endocriniens, et notamment de ce qu’on appelle les polluants organiques persistants, sur la sévérité des symptômes de cette maladie.
Alors, est-ce que tu peux nous en dire plus sur ce projet ? Pourquoi est-ce si important ?
Marina Kvaskoff : Si je fais un petit pas en arrière. Les causes de l’endométriose, on ne les connaît pas trop. On sait qu’il y a une partie de génétique, il y a une partie hormonale puisque c’est une maladie qui est hormone-indépendante. Il y a une partie immunitaire inflammatoire. Et dans ce panorama de pistes, on pense que les perturbateurs endocriniens ont un impact, des études ont montré que certains polluants organiques sont associés aux risques d’endométriose. C’est-à-dire que les femmes qui sont exposées ont plus de risque de développer une endométriose que les autres.
Et dans ce projet POPENDO. Donc ce qu’on cherche à savoir, c’est aller plus loin. Maintenant qu’on sait que les perturbateurs endocriniens sont associés à un risque d’endométriose dans plusieurs études, la question qu’on se pose, c’est : est-ce que l’exposition aux polluants organiques persistants est associée à une sévérité plus importante de la maladie au diagnostic ?
Enora Malagré : Mais alors, quels types de femmes seraient plus exposées à ces perturbateurs endocriniens dont tu parles ? Est-ce qu’on est toutes logées à la même enseigne là-dessus ?
Marina Kvaskoff : On est toutes exposées, c’est ce qu’on appelle les expositions ubiquistes. C'est-à-dire que quoi qu’on fasse, on est exposé dans l’environnement. Cette exposition, on peut la caractériser soit par l’alimentation, soit par des méthodes écologiques. On regarde la distance par rapport à certaines industries polluantes en mesurant la pollution dans l’air. On peut aussi mesurer les taux sanguins de certains polluants.
C’est ce qu’on souhaite faire dans ce projet POPENDO, c’est-à-dire mesurer les taux sanguins : la concentration sanguine de quatre familles de polluants organiques persistants. Pour pouvoir regarder leur impact, en tout cas leur association avec la sévérité de l’endométriose ou de diagnostic.
Enora Malagré : Est-ce que tu penses que dans quelques années on pourra dire qu’on peut guérir l’endométriose ? Est-ce que tu y crois, toi ?
Marina Kvaskoff : Oui, j’y crois profondément. Je trouve que ça va vite, ça va beaucoup plus vite. Aujourd’hui. Je le vois aussi au niveau international. Je pense que dans les prochaines années, on va réussir à mieux comprendre quelles sont les différentes formes de la maladie. On va pouvoir caractériser et comprendre ce qui fait qu'un tel ou tel traitement va marcher pour telle ou telle femme, tel ou tel type de maladie. Tous les signes sont là et toutes les expertises s'y sont mises pour justement arriver à ces objectifs. Et puis je pense qu’on va mieux comprendre aussi l’impact du microbiote sur la maladie et les causes profondes de l’endométriose aussi, que ce soit avec la génétique ou que ce soit avec toutes les causes environnementales, l’impact de l’immunité sur la maladie. Donc oui, j’ai énormément d’espoir pour le futur. Je pense que dans les dix prochaines années, nous allons avoir des réponses concrètes.
Enora Malagré : Oh là là, Merci pour ces mots, Marina. Merci pour ton travail. En tout cas, on y croit. En tout cas, merci beaucoup !
Marina Kvaskoff : Avec plaisir !
Si cet épisode vous a parlé, vous a plu, vous a touché. Partagez-le avec vos sœurs, vos mamans, vos amis, puis aussi vos hommes parce qu'ils sont là aussi avec nous à nos côtés. On en parlera dans un prochain épisode.
Et nous on se retrouve très très vite. À bientôt !
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Un épisode essentiel pour mieux comprendre, sensibiliser et faire avancer la recherche.
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Ce podcast / cet échange est proposé à titre informatif et ne constitue en aucun cas un avis médical, un diagnostic ou une recommandation de traitement. Les propos tenus dans cet épisode n’engagent que leurs auteures. Pour toute question relative à votre santé, consultez votre médecin.






