Phosphate de sodium : qu’est-ce que c’est ?

Le phosphate de sodium est un sel minéral largement utilisé dans l’alimentation, l’industrie et la cosmétique. Régulateur de pH, agent hydratant et stabilisant, il joue un rôle clé dans de nombreuses formulations. Mais que cache réellement ce composé, souvent mentionné sur les étiquettes ? Découvrez tout ce qu’il faut savoir sur le phosphate de sodium, ses formes, ses bienfaits et ses précautions d’usage.

Par Delphine Duc
Mis à jour le 26/08/2025Temps de lecture : +4 min.

Qu’est-ce que le phosphate de sodium ?

Le terme "phosphate de sodium" désigne une famille de sels minéraux dérivés de l’acide phosphorique (H₃PO₄). Il existe plusieurs formes selon le nombre d’atomes de sodium associés :

  • Phosphate monosodique (NaH₂PO₄) : souvent utilisé comme agent acidifiant ou tampon. Disponible en version monohydratée ou dihydratée.

  • Phosphate disodique (Na₂HPO₄) : stabilisant et régulateur de pH, plus neutre.

  • Phosphate trisodique (Na₃PO₄) : fortement basique, surtout utilisé comme additif technique et nettoyant.

  • Phosphate acide de sodium : utilisé pour corriger l’acidité dans certaines formulations.

Ces formes sont solubles dans l’eau et se présentent comme des poudres cristallines blanches. Leur usage est encadré dans le domaine alimentaire et cosmétique.

Quel est son rôle ?

Le phosphate de sodium n’est pas l’actif star que l’on met en avant sur un packaging… et pourtant, sans lui, beaucoup de produits que nous utilisons au quotidien seraient instables, irritants ou tout simplement impossibles à formuler correctement. Sa mission principale ? Agir comme régulateur de pH, autrement dit maintenir l’équilibre acide-basique d’une préparation. Ce rôle discret mais essentiel explique sa présence aussi bien dans une crème de soin que dans un fromage fondu ou une solution médicale.

En cosmétique

Dans une crème ou un shampooing, le phosphate de sodium agit un peu comme le chef d’orchestre invisible :

  • Il permet d'ajuster le pH pour que la formule respecte la peau et le cuir chevelu. Trop acide : ça picote, trop basique : la barrière cutanée s’assèche.

  • Il stabilise les émulsions, empêchant la crème de “trancher” comme une vinaigrette mal montée.

  • Enfin, en maintenant cet équilibre, il évite les sensations de tiraillement après application et rend le soin plus confortable.

En clair, il ne transforme pas directement la peau, mais il garantit que la formule elle-même reste douce, agréable et stable dans le temps.

En alimentation

Sous le code E339, le phosphate de sodium est un additif autorisé et réévalué par l’EFSA. On le retrouve là où texture et conservation comptent :

  • Dans les fromages fondus, il donne ce côté crémeux et homogène.

  • Dans les charcuteries, il aide à retenir l’eau et améliore la tenue.

  • Dans les boissons et laits végétaux, il évite que le produit ne se sépare et garde sa couleur.

Autrement dit, c’est un technicien culinaire qui ne change pas le goût, mais garantit que le produit reste appétissant, stable et agréable à consommer.

En pharmacie et en médecine

Dans le domaine médical, le phosphate de sodium a une fonction bien plus visible :

  • Utilisé comme laxatif osmotique, il attire l’eau dans l’intestin pour faciliter l’évacuation. C’est un usage ponctuel, encadré, notamment en préparation de coloscopie.

  • On le retrouve aussi dans les solutions injectables comme tampon physiologique, pour maintenir un pH compatible avec le corps humain.

Mais attention : dans ce contexte, un excès peut provoquer des déséquilibres, en particulier chez les personnes souffrant d’insuffisance rénale.

Pourquoi l'utiliser ?

Le phosphate de sodium n’est pas l’ingrédient qui fait rêver au premier abord. On ne l’achète pas pour ses promesses glamour mais pour ce qu’il rend possible : des formules stables, confortables et efficaces. Selon qu’on parle de peau, de cheveux, d’alimentation ou même de santé, son rôle prend des nuances différentes.

Pour la peau

La peau a besoin d’équilibre pour rester confortable. C’est exactement ce que le phosphate de sodium apporte :

  • Il maintient l’hydratation en aidant la formule à rester dans une zone de pH adaptée à la peau.

  • Il limite les déséquilibres acides, responsables de picotements ou de tiraillements.

  • Il stabilise les crèmes et sérums, pour que leur texture reste homogène et agréable, jour après jour.

En d’autres termes, il agit comme un gardien discret de l’équilibre cutané.

Pour les cheveux

Dans les soins capillaires, son rôle est tout aussi précieux :

  • Il régule l’acidité du cuir chevelu, évitant les inconforts.

  • Il améliore la texture des shampooings, en les rendant plus doux et plus onctueux.

  • Il stabilise la couleur dans certaines colorations, en assurant que le produit reste homogène pendant l’application.

Résultat : des soins capillaires plus confortables, qui respectent le cuir chevelu et gardent leur efficacité.

Pour l’alimentation

Dans notre assiette, le phosphate de sodium ne joue pas sur le goût mais sur la qualité perçue des aliments :

  • Il rend les fromages fondus crémeux et homogènes.

  • Il améliore la texture des charcuteries et aide à retenir l’eau.

  • Il stabilise les boissons et préparations liquides, pour qu’elles gardent une couleur et une consistance régulières.

Sans lui, certains produits que nous connaissons bien n’auraient tout simplement pas la même allure.

Pour la santé

Enfin, côté médical, le phosphate de sodium a un rôle beaucoup plus direct :

  • Il est utilisé comme laxatif osmotique, capable d’attirer l’eau dans l’intestin pour faciliter le transit.

  • On le retrouve aussi dans certaines solutions médicales tampon, utiles pour maintenir un équilibre compatible avec l’organisme.

C’est un usage strictement encadré, réservé au domaine pharmaceutique, et qui montre bien que ce composé a une polyvalence rare : de la crème visage à la préparation hospitalière.

Quels sont ses bienfaits : peau & cheveux ?

Le phosphate de sodium n’est pas “l’actif coup d’éclat” d’une formule, mais c’est souvent lui qui permet au soin d’être agréable, stable et bien toléré. Voici, concrètement, ce qu’il apporte.

Pour la peau

  • Respect du pH physiologique : il aide la formule à rester dans une zone légèrement acide, plus proche de celle de la peau. Résultat : moins de sensations de picotements ou de tiraillements après application.

  • Confort d’utilisation au quotidien : en stabilisant l’équilibre acide‑basique, il limite les inconforts liés aux soins un peu “vifs” (exfoliants, nettoyants dynamiques) et rend la routine plus douce, plus prévisible.

  • Hydratation indirecte mieux préservée : une peau à pH équilibré retient mieux l’eau et “fonctionne” plus sereinement : la barrière cutanée travaille dans de bonnes conditions, ce qui se ressent sur la souplesse.

  • Textures stables, sensorialité maîtrisée : moins de risques de crème qui “tourne” ou qui tranche : la matière reste homogène, agréable à étaler, et les actifs sont répartis de façon régulière à chaque utilisation.

  • Compatibilité élargie des formules : En jouant son rôle de tampon, il facilite l’association d’ingrédients qui ont, à l’origine, des exigences de pH différentes. On obtient des soins plus faciles à formuler… et plus confortables à porter.

Pour les cheveux

  • Cuir chevelu respecté : un shampooing trop basique peut agresser ; trop acide, il peut picoter. Le système tampon aide à viser juste, pour un lavage efficace mais doux.

  • Mousse et rinçage plus réguliers : en stabilisant le pH, la formule se comporte de manière plus constante : la mousse se tient mieux, le rinçage est plus net, sans “effet surprise” d’un flacon à l’autre.

  • Fibre plus lisse, aspect plus soigné : un environnement légèrement acide favorise la fermeture des cuticules : le cheveu accroche moins, se démêle plus facilement et paraît plus lisse.

  • Colorations mieux maîtrisées (pendant l’application) : dans certaines formules techniques, le rôle tampon aide à maintenir la fenêtre de pH visée par le produit, ce qui contribue à une prise plus régulière.

Quelle routine adopter avec ce produit ?

Le phosphate de sodium n’agit pas de la même façon selon qu’il est utilisé dans notre alimentation ou dans un cadre médical. Voici deux exemples simples pour comprendre son rôle au quotidien.

Routine alimentaire

Présent dans certains aliments transformés (fromages fondus, laits végétaux, boissons), il agit comme stabilisant et régulateur de pH. Son rôle est surtout technologique : garder les produits homogènes, onctueux et faciles à digérer.

Routine médicale

En santé, il est utilisé comme laxatif osmotique ponctuel (constipation, préparation coloscopique) ou comme tampon physiologique dans des solutions injectables. Ces usages doivent rester encadrés médicalement, car un excès peut déséquilibrer les minéraux.

Routine cosmétique

Il est à utiliser pour stabiliser les formules cosmétiques. 

Le phosphate de sodium n’est cependant pas disponible pur dans notre catalogue. Vous pouvez utiliser d’autres ingrédients ou produits alternatifs en fonction des bienfaits.

Quelles autres solutions naturelles pour des effets similaires ?

Pour stabiliser une formule cosmétique faite à la maison, vous pouvez utiliser nos produits, comme : 

Bicarbonate de sodium (tampon basique) : il va augmenter le pH de la formule.

Acide citrique (tampon acide) : à l’inverse, il va permettre d’abaisser le pH de la formule.

Pour stabiliser vos formules, vous avez par exemple notre acide stéarique : s'utilise surtout comme facteur de consistance pour épaissir vos préparations cosmétiques, enrichir et stabiliser les émulsions.

Contre la constipation, vous pouvez manger des pruneaux, comme on vous l’explique dans notre article Pruneau et constipation.

Recettes

N’ayant pas le phosphate de sodium pur à notre catalogue, vous pouvez intégrer les ingrédients évoqués dans nos solutions naturelles. Par exemple : 

Crème désaltérante pour les pieds menthe & palmarosa

~50 ml

Ingrédients (sans balance)

Conseil

Les cuillères complètes sont arasées : pour cela, passez une spatule ou une lame de couteau sur la cuillère pour éliminer l'excès de produit.

Préparation

1

Si vous n'avez pas de balance :

Faites fondre au bain-marie à feu doux deux cuillères à soupe de beurre de karité. Retirez du feu puis transférez le volume nécessaire et précis de beurre avec une éprouvette dans un récipient. Ajoutez dans ce même récipient le reste de la phase A (huile de melon + acide stéarique + cire émulsifiante n°1).


Si vous avez une balance :

Transférez la phase A (beurre de karité + huile de melon + acide stéarique + cire émulsifiante n°1) dans un récipient.

2

Dans un autre récipient, transférez la phase B (hydrolat de cyprès + eau minérale + glycérine).

3

Faites chauffer séparément au bain-marie les deux phases à 75°C/80°C.

4

Lorsque les deux phases sont à la même température, sortez les récipients du bain-marie puis versez lentement la phase B dans la phase A sans cesser d'agiter vigoureusement au mousseur émulsionneur ou au batteur mousseur Aroma-Zone pendant environ 3 minutes. Le mélange blanchit et s'homogénéise.

5

Sans cesser d'agiter, mettez le récipient dans un fond d'eau froide afin d'accélérer le refroidissement et la prise de l'émulsion pendant encore 3 minutes environ. Terminez avec le mini-fouet si la préparation devient trop épaisse.

6

Ajoutez progressivement la phase C (le reste des ingrédients), matière première par matière première, en homogénéisant entre chaque ajout.

7

Transférez ensuite la préparation dans votre pot.

Note : le pH de cette préparation est d'environ 5-5,5.

Stockez votre pot à l'abri de la lumière et de la chaleur.

* Conservation : bien conservé et fabriqué dans des conditions d'hygiène optimales, votre produit pourra se conserver au moins 3 mois.

Contre-indications et précautions d’usage

  • Ne pas utiliser pur : sous forme concentrée, le phosphate de sodium peut être irritant pour la peau et les muqueuses.

  • Respecter les dosages en cosmétique : pour éviter tout déséquilibre ou inconfort cutané.

  • Bien diluer : il doit toujours être intégré dans une formulation complète (crème, lotion, sérum).

  • Précaution en usage médical : en cas d’insuffisance rénale sévère, l’organisme élimine moins bien les excès de phosphates. L’utilisation comme laxatif osmotique doit rester encadrée par un professionnel de santé.

  • Éviter l’automédication : ses formes pharmaceutiques (solutions buvables, préparations injectables) ne doivent pas être utilisées sans avis médical.

Conseil de l’expert

Dans vos préparations maison, associez le phosphate de sodium avec des humectants comme la glycérine ou l’acide hyaluronique pour renforcer l’hydratation de vos formules. 

Si vous souhaitez utiliser cet ingrédient pour un usage médical, il est conseillé de demander conseil à un professionnel de santé.

En savoir plus-Phosphate

Le phosphate de sodium est-il sans danger dans les aliments ?

Oui. Autorisé comme additif alimentaire (E339) par l’EFSA, il est considéré comme sûr aux doses prévues par la réglementation. Son rôle est technologique : stabiliser la texture, conserver la couleur ou améliorer la consistance des préparations.

Quelles sont les utilisations du phosphate de sodium ?

On le retrouve dans plusieurs domaines :

  • En cosmétique, comme régulateur de pH et stabilisant.

  • En alimentation, comme additif et agent de texture.

  • En pharmacie, comme tampon et laxatif osmotique.

Quels sont les effets secondaires possibles ?

En cosmétique, il est bien toléré aux concentrations habituelles. En revanche, un excès alimentaire peut entraîner des déséquilibres digestifs ou minéraux, surtout chez les personnes ayant une fragilité rénale.

Zoom sur notre rédactrice spécialisée, Delphine Duc

Delphine DUC, ingénieure biologiste spécialisée en cosmétologie, le domaine de la cosmétique me passionne depuis presque 10 ans. J'ai commencé à faire mes cosmétiques maison grâce aux produits Aroma Zone pour régler mes problèmes de peau, puis j'ai décidé de me former sur le sujet en tant que cosmétologue et enfin de créer une marque de cosmétiques sur-mesure pour répondre aux problématiques de peau de chacun(e).

Bibliographie

1

AHFS Drug Information.

American Society of Health-System Pharmacists (ASHP).

2

EFSA (2019). Re-evaluation of phosphoric acid–phosphates – di-, tri- and polyphosphates (E 338–341, E 343, E 450–452) as food additives and the safety of proposed extension of use.

EFSA Journal, 17(6):5674.

3

Healthline (2024). Sodium Phosphate: Uses, Benefits and Side Effects.

Mis à jour le 25 juin 2024.

4

Lemos JF, Santinello D, Mohammadzadeh S, Treu L, Sant’Ana AS, Campanaro S (2024). Polyphosphate in food systems: Their roles and applications in foods and contribution to sustainable processing practices.

Trends in Food Science & Technology, Vol. 152, 104696.