Cycle sylvatique
Dans l’épaisseur des forêts tropicales pluvieuses, le virus amaril circule silencieusement entre singes et moustiques arboricoles des genres Haemagogus (Amériques) et Sabethes (Amériques et Afrique). Ces insectes diurnes, dont la longévité dépasse trois semaines, piquent d’abord un primate infecté puis, à la faveur d’une activité humaine en sous-bois – abattage, chasse, récolte de latex –, inoculent le virus à l’ouvrier forestier. Une partie des femelles transmet même l’agent infectieux à leur descendance par voie transovarienne (le virus franchit la barrière ovarienne et persiste dans l’œuf), ce qui assure la pérennité de l’enzootie durant les saisons sèches. La fragmentation progressive de la canopée, liée à l’exploitation du bois exotique, rapproche singes, moustiques et travailleurs et multiplie les opportunités de « sauts d’espèces ».
Cycle intermédiaire (savane)
Spécifique au continent africain, ce pont épidémiologique relie la jungle et le village. Au bord d’un bosquet, un moustique semi-domestique change aisément de cible : il se nourrit sur un singe mangabey au crépuscule, puis s’introduit le lendemain dans une case pour prélever du sang sur un enfant endormi. L’existence de ce cycle péridomestique explique la survenue régulière de flambées régionales malgré l’absence de grandes métropoles à proximité. Les populations vivant à la lisière forestière, souvent sous-vaccinées, servent alors de passerelle vers le milieu urbain. Les épisodes enregistrés au Ghana en 2024 montrent que six à huit semaines après le premier cas simien, la transmission humaine devient soutenue si les campagnes de rappel vaccinal tardent.
Cycle urbain
Une fois introduit dans une agglomération, le virus trouve en Aedes aegypti un vecteur hautement anthropophile (préférant le sang humain) et parfaitement adapté aux gîtes larvaires créés par l’homme : citernes, pneus usagés, seaux laissés à l’ombre. Une seule femelle infectée, capable de piquer plusieurs personnes à quelques minutes d’intervalle, suffit à amorcer une flambée ; la densité urbaine et les déplacements accélèrent ensuite la diffusion intra-urbaine. L’absence d’immunité collective, la résistance des moustiques aux insecticides de synthèse et l’augmentation des températures nocturnes – qui écourtent l’incubation virale interne – favorisent ces épidémies. Après l’épisode angolais de 2015-2016, plus de 7 000 cas probables ont été dénombrés, et des voyageurs infectés ont déclenché des alertes sanitaires en Chine, rappelant la vulnérabilité des mégapoles subtropicales.